ASF sensibilise le grand public: «Ouvrez les yeux sur l’injustice»

Bruxelles, 16 juin 2012 – Avocats Sans Frontières (ASF) lance une action de sensibilisation sur le besoin de soutenir la justice dans les pays en post-conflit et en développement. Avec le slogan « Ouvrez les yeux sur l’injustice », ASF rappelle que la justice est non seulement une condition essentielle pour consolider la paix et combattre la pauvreté, mais que le respect des droits de l’Homme est un élément central dans la vie quotidienne des populations vulnérables.

Instaurer l’Etat de droit est un préalable incontournable à une paix durable et au développement socio-économique. Cette idée est à l’origine de l’action de l’ONG qui fête ses vingt ans d’existence cette année. « Sans justice, pas de paix. Et sans paix, pas d’accès à l’alimentation, l’eau, la santé ou l’éducation », explique Francesca Boniotti, Directrice Générale d’ASF. « Une justice indépendante est donc cruciale dans le respect des droits fondamentaux de chacun. Pour les populations les plus vulnérables, c’est une question de survie ».

L’action vise à sensibiliser le public en Belgique à soutenir les efforts entrepris dans de nombreux pays en sortie de conflit ou en développement pour davantage de justice impartiale et indépendante. Chaque jour, les droits des personnes vulnérables, telles que les femmes souvent soumises aux violences, les mineurs d’âge – enfants soldats ou emprisonnés sans assistance, les victimes de crimes contre l’humanité ou de torture, doivent être défendus.

« Par cette action, nous voulons rappeler que la justice doit être accessible à tous. C’est un besoin de première nécessité et un facteur essentiel de développement», rappelle Francesca Boniotti. Présentés sous forme de mini-films d’animation, les témoignages emblématiques de Thulesa, Joseph, John et Saber sont racontés par des membres des équipes d’ASF et accessibles sur le nouveau site d’ASF. Le message est également soutenu par la parution d’annonces et de banners dans la presse francophone (quotidiens La Libre Belgique et La Dernière Heure).

L’action de sensibilisation d’ASF « Ouvrez les yeux sur l’injustice » a été réalisée avec le soutien de partenaires spécialisés (la Régie Générale de PublicitéEarthview et E-Frame).

Affaire OLUCOME : un verdict mais pas de vérité

Bujumbura / Bruxelles, le 7 juin 2012 – Suite au verdict rendu le 22 mai dernier  condamnant tous les prévenus, Avocats Sans Frontières (ASF) estime que cette décision ne fait pas toute la vérité sur l’assassinat d’Ernest Manirumva, Vice-président de l’ONG Observatoire de lutte contre la corruption et les malversations économiques (OLUCOME). ASF demande à ce que le Tribunal motive clairement sa décision pour permettre une phase d’appel selon les règles d’un procès équitable. ASF rappelle également avec insistance la nécessité d’ouvrir de nouvelles investigations afin d’identifier tous les coupables.

Les 14 accusés d’Ernest Manirumva ont été condamnés par le Tribunal de grande instance de Bujumbura à des peines d’emprisonnement allant de 10 ans à la perpétuité. « Cette condamnation ne saurait en aucun cas satisfaire les victimes de ce crime, dont l’ONG OLUCOME », déclare Jean-Charles Paras, expert Droits Civils et politiques d’ASF. « Nous espérions que la justice burundaise se donne enfin les moyens de faire toute la vérité sur les faits et s’engage véritablement dans la lutte contre l’impunité des crimes commis contre les défenseurs des droits humains », poursuit-il. Or, de nombreux doutes existent quant au rôle que chacun des accusés a pu jouer, et surtout quant à la responsabilité d’autres personnes qui n’ont jamais été interrogées ni poursuivies.

Pour ASF, plusieurs pièces importantes du dossier pénal devaient notamment conduire à effectuer certaines investigations complémentaires. Les avocats d’OLUCOME ont d’ailleurs demandé à plusieurs reprises lors du procès à ce que des investigations complémentaires (auditions et tests ADN) soient faites mais ces demandes ont été rejetées par le Parquet et le Tribunal. Les raisons de ce dernier refus restent encore inconnues. En effet, le verdict du 22 mai a été rendu en l’absence de toutes les parties et de leurs avocats, et aucune motivation détaillée n’a encore été communiquée. « Nous attendons toujours cette motivation afin que les parties civiles puissent établir une stratégie en appel car nous sommes persuadés que les véritables auteurs et commanditaires ne sont pas inquiétés», conclut Jean-Charles Paras.

Les coupables de l'affair Olucome

Depuis le début du procès en juillet 2010 (cfr.photo), ASF, aux côtés de l’avocat mandaté par OLUCOME, soutienl’orga la défense des parties civiles avec l’intervention directe de Maître Alexis Deswaef, du Barreau de Bruxelles, soutenu par un membre du « pool » d’avocats d’ASF au Burundi.

Ernest Manirumva avait été retrouvé frappé à mort le 9 avril 2009 à l’extérieur de son domicile. OLUCOME enquête depuis des années de façon approfondie sur plusieurs affaires de malversations et de corruption imputées à de hautes autorités du pays.

ASF lance un appel de soutien aux avocats flamands

Avocats Sans Frontières a participé activement à l’édition 2012 de la Journée des avocats flamands, qui s’est tenue le 11 mai dernier à Courtrai. Cet évènement réunissant tous les avocats en Flandre était l’occasion idéale de  mieux faire connaître les activités d’ASF. Les avocats ont par ailleurs été appelés à soutenir l’action en faveur d’une justice plus accessible pour les justiciables les plus vulnérables dans l’hémisphère Sud.

ASF a été créée il y a exactement vingt ans par un groupe d’avocats belges et étrangers. C’est donc tout naturellement que l’ONG a décidé de s’adresser à son public « historique » lors de cette Journée des Avocats dont le thème central était « être avocat : une profession sans frontière ».

Après l’allocation d’ouverture officielle de la Journée, ASF fut introduit à quelques 190 avocats par Me Patrick Berben, ancien bâtonnier de Hasselt. « J’estime que chaque avocat devrait devenir membre d’ASF », a-t-il déclaré, avant de donner la parole à Chantal Van Cutsem, coordinatrice ASF pour la région des Grands lacs. Celle-ci a débuté son allocution en démystifiant quelque peu ASF. « Avec 130 collaborateurs dans une douzaine de pays, nous visons à laisser un impact durable sur la justice », expliqua-t-elle, pour ensuite étayer la place centrale de l’avocat dans le travail de l’ONG. « Si l’avocat est parfois victime, il est également créateur de croissance, plaideur ou encore créateur de droit ».

Suite à cette présentation, de nombreux avocats ont visité le stand ASF où ils ont pu rencontrer des membres de l’équipe. Le stand était par ailleurs offert par l’Ordre des barreaux flamands en guise de soutien à l’action d’ASF. « J’avais bien sûr entendu parler d’ASF mais je ne savais pas exactement en quoi consistait son travail », témoigne un avocat du Barreau de Bruges. « Je souhaiterais m’inscrire comme membre de votre organisation », demande un autre confrère d’Ypres.

La présence d’ASF à la Journée des avocats flamands a permis de diffuser de manière plus personnalisée des informations actualisées sur le travail de l’ONG. « Chaque don, petit ou grand, compte. C’est ce qui permet à nos équipes de pouvoir travailler en toute indépendance et de répondre aux besoins en matière de justice. Nous prenons déjà rendez-vous pour la prochaine édition de cette Journée », conclut Chantal Van Cutsem.

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Tunisie: ASF soutient la reconnaissance des violations de droits de l’homme

Tunis/Bruxelles – 9 avril 2012. Avocats Sans Frontières (ASF) démarre ses activités de soutien à la justice en Tunisie, berceau du « printemps arabe » de 2011. L’ONG aide huit associations tunisiennes à archiver et classer plusieurs milliers de dossiers de violations de droits de l’Homme. L’action d’ASF permettra de mieux exploiter les données reprises dans ces dossiers et ainsi de soutenir la transition de la société tunisienne en matière de justice.

Un an après la révolution, le sentiment d’impunité reste bien présent en Tunisie. La population réclame que justice soit faite et les victimes ou leurs familles demandent réparation pour les crimes subis: atteintes aux droits et aux libertés fondamentales, répression des opposants, répression brutales des manifestations avant et pendant la révolution de 2011, principalement par les autorités.

Le défi aujourd’hui en Tunisie est de mettre en place des mécanismes de justice transitionnelle adaptés à la situation: comment juger les auteurs de violations ? Comment faire reconnaître le statut de victimes ? Comment les indemniser ? « Dans un contexte comme celui-ci, il faut prendre en compte les besoins des victimes et les attentes de la population tout en garantissant un jugement équitable des auteurs des violations», explique Solène Rougeaux, Chef de Mission ASF à Tunis. « L’objectif est d’aboutir à une véritable réconciliation des différentes composantes de la société ».

© A. du Boistesselin
© A. du Boistesselin

Un facteur important dans ce processus est l’existence de données fiables sur les violations des droits de l’Homme commises dans le passé. Or, si les associations tunisiennes ont été, sous le régime du Président Ben Ali, très actives pour dénoncer les violations de droits de l’Homme et assister les victimes, elles n’ont pas pu archiver leurs dossiers systématiquement. En effet, les opposants politiques et militants des droits de l’homme subissaient la répression du régime et le travail des ONG se déroulait dans un climat oppressant et souvent dangereux. Le nombre de dossiers varient d’une organisation à l’autre de quelques centaines à plusieurs milliers.

Financé par le département fédéral des affaires étrangères Suisses, le projet d’ASF a démarré en mars de cette année par une formation organisée en partenariat avec l’ONG Swisspeace sur les principes de base d’organisation et de gestion des archives. La prochaine étape du projet consistera à trier et classer les dossiers, et en encoder les données. Cette phase démarre en avril et s’étalera sur deux mois.

Photo: Archives Conseil national pour les libertés en Tunisie © Andreas Nef
Photo: Archives Conseil national pour les libertés en Tunisie © Andreas Nef

« Nous aidons les associations à organiser physiquement leurs archives mais aussi à encoder les données pertinentes dans une base de données », précise Solène Rougeaux. Cette base de données se concentrera sur le type de violations subies par les victimes et commises tant par l’Etat que par des particuliers. Le but est d’avoir une vue générale du type d’abus qui avaient lieu sous la dictature, mais aussi des attentes des victimes en termes de réparation, de soutien et de justice. Aussi, cette  base de données permettra d’avoir une vision géographique, par genre et par âge des victimes de violations.

« Les associations locales vont ainsi pouvoir rattraper le retard pris dans leur travail sous l’ancien régime et être plus efficace dans leur action de plaidoyer en faveur de mécanismes de justice transitionnelle en Tunisie », conclut la Chef de mission ASF.

Aux 500 professionnels du droit engagés aux côtés d’ASF : merci !

Bruxelles, 26 mars 2012 – L’International Legal Network (ILN), le Réseau international des avocats créé par ASF en 2010, a le plaisir d’accueillir son 500e membre. L’arrivée de ce nouveau membre témoigne de la solidarité des professionnels du droit en faveur des justiciables pris en charge par ASF. Basé sur le principe d’interventions en pro bono, le réseau ILN est devenu un levier incontournable dans le développement des activités de l’organisation. Son succès repose d’abord et avant tout sur l’engagement sans faille de ses membres.

En deux ans, l’ILN a contribué à l’action d’ASF par le biais de 63 interventions dans une douzaine de pays : formation des avocats locaux, assistance judiciaire, observation de procès ou encore recherches juridiques. Effectuées sur le terrain ou à distance, ces missions représentent plus de 400 jours de travail. Signe de la diversité grandissante de l’ILN, les membres du réseau sont originaires d’une soixantaine de pays des hémisphères Nord et Sud, présentant des intérêts et des niveaux d’expérience aussi variés que complémentaires.

ILN interventions also bring lawyers in contact with the reality on the field (the women’s prison in Gitega, Burundi, by Charlotte Verhaeghe)
Les missions ILN sont aussi l’occasion de « vivre » la réalité du terrain (ici la prison pour femmes de Gitega au Burundi par Charlotte Verhaeghe)

Catherine Lalonde, Coordinatrice de l’ILN : « Nous proposons aux membres de contribuer à nos projets en fonction de leur domaine d’expertise. Leurs interventions nous permettent de démultiplier l’impact de nos actions sur le terrain et de proposer un encadrement pointu aux avocats locaux ».

Cette dynamique de partage et de mise en commun d’expériences entre les professionnels du droit de tous les horizons est au cœur de l’action d’ASF et de l’ILN. Lecoaching en est une parfaite illustration. Ainsi, des avocats burundais et rwandais ont récemment pu bénéficier de la présence d’avocats expérimentés pour les assister dans la gestion et la prise en charge de dossiers complexes (cas de violences sexuelles, de torture, d’atteintes à la liberté d’expression ou de détention préventive illégale). Une formule innovante qui répond à une réelle demande.

« L’enthousiasme des confrères locaux est grand, les moyens sur place le sont souvent beaucoup moins », témoigne Charlotte Verhaeghe. Pour cette avocate au Barreau de Bruxelles qui revient d’une mission de coaching au Burundi, « en assistant ces avocats dans le suivi de dossiers, ASF fait vraiment la différence. ».

Les besoins en assistance étant en continuelle évolution,  l’ILN doit constamment enrichir son réseau de nouveaux profils. « En plus des profils plus traditionnels, nous rechercherons par exemple des juristes arabophones spécialisés en droit international des droits de l’Homme, des avocats expérimentés dans le domaine des négociations ou des criminalistes détenant des connaissances approfondies des mécanismes de justice transitionnelle », ajoute Catherine Lalonde.

En attendant l’apport de ces nouvelles expertises, ASF remercie chaleureusement les 500 membres du réseau ILN qui soutiennent l’action d’ASF et, par cet engagement, contribuent à faire du droit un moteur de changement durable pour les plus vulnérables.

Pour joindre l’ILN

Mr Alexis Deswaef, ILN member, during the Olucome trial in Burundi © Jean-Marie Ndikumana/ASF
Me Alexis Deswaef, membre de l’ILN, lors du procès Olucome au Burundi © Jean-Marie Ndikumana/ASF

Procès Lubanga : ASF salue le premier jugement de la Cour Pénale Internationale

Bruxelles / La Haye, 14 mars 2012 – Avocats Sans Frontières (ASF) salue la décision d’aujourd’hui de la Cour Pénale Internationale (CPI) déclarant Thomas Lubanga Dyilo coupable de crimes de guerre.

Premier détenu et premier accusé devant la CPI, l’ex-chef de guerre congolais est tenu responsable du recrutement d’enfants soldats dans les Forces Patriotiques pour la Libération du Congo (FPLC), et de leur participation active aux hostilités dans l’Est de la RD Congo. « Ce premier arrêt de la CPI est également une reconnaissance des droits des victimes » se félicite ASF.

Plus de 30.000 enfants auraient été enlevés ou recrutés par les différents groupes armés sévissant au Congo entre 1998 et 2008[1]. Ces enfants ont été maltraités pendant les entraînements, envoyés au combat et, pour ce qui concerne les filles, utilisées comme esclaves sexuelles par des commandants. Outre les violences subies, ces enfants soldats sont souvent perçus comme des criminels et non comme des victimes par les communautés – dont parfois leurs propres familles – qui ont souffert de leurs exactions.

« La reconnaissance de la culpabilité de M. Lubanga par la CPI est un message clair: de tels actes ne peuvent plus rester impunis », déclare avec satisfaction Francesca Boniotti, Directrice Générale d’Avocats Sans Frontières suite au prononcé. « Cette décision est également une victoire pour les victimes car leur voix est désormais entendue et leur souffrance reconnue ».

Dès le début de l’enquête préalable au procès « Lubanga », l’intervention d’ASF, aux côtés d’associations congolaises, a permis d’identifier des victimes enfants soldats, de leur expliquer les enjeux de leur participation au procès et de leur fournir l’assistance nécessaire pour accéder à la procédure. ASF a également assuré l’intervention des avocats et tout mis en œuvre pour assurer la sécurité des victimes. Au terme de cette phase pré-juridictionnelle, la CPI, premier tribunal pénal international permanent, a, pour la première fois depuis sa création en 2002, reconnu à ces 12 mineurs initialement représentés par ASF la qualité de victime ce qui leur a permis de bénéficier de l’assistance gratuite d’avocats. Au total, 123 victimes participent au procès « Lubanga », dont 101 sont des adultes ayant subi les exactions des FPLC.

Au-delà de l’expression des souffrances subies, les victimes ne sont plus considérées comme un simple élément de preuve. Celles représentées dans l’affaire « Lubanga » ont ainsi pu contribuer à l’établissement de la vérité en se voyant reconnaître un droit d’accéder, d’évaluer et de contester les preuves fournies par la défense et l’accusation mais également en témoignant des crimes commis.

Soupçonné d’avoir commis des crimes de guerre au début des années 2000, M. Lubanga, ex-commandant en chef des FPLC, avait été arrêté en mars 2005 et, ensuite, transféré de la RD Congo à La Haye où siège la CPI.

Ecartées des débats jusqu’à la création de la CPI, les victimes de génocide, de crimes contre l’humanité et crimes de guerre ont, par la biais de ce procès, enfin une place dans le système de justice internationale. ASF reste mobilisée pour que les espoirs placés par les victimes dans la CPI ne soient pas déçus. « L’arrêt d’aujourd’hui n’est que la première étape. Nous attendons le prononcé de la peine et l’indemnisation des préjudices subis », estime Francesca Boniotti. « Ce prononcé fera valeur de test capital pour juger de l’efficacité du système pénal international ».

Lire le dossier de presse détaillé (pdf)

En savoir plus sur ASF et la justice internationale (lien vers https://dev.asf.media-animation.net/fr/justice-internationale)



[1] http://www.childsoldiersglobalreport.org/content/congo-democratic-republic.

« L’affaire Chebeya » : la justice sur grand écran

Bruxelles, 29 février 2012 – A l’occasion de la sortie dans les salles de cinéma du documentaire « L’affaire Chebeya, un crime d’Etat ? », Avocats Sans Frontières rappelle la nécessité d’une justice impartiale en RD Congo. Le film réalisé par le Belge Thierry Michel retrace le procès des responsables présumés de la mort de l’activiste Floribert Chebeya. Pour ASF, l’enjeu du procès, toujours en cours, ne doit pas porter atteinte au droit à un procès équitable pour les familles des victimes comme pour les accusés.

Au-delà des intérêts des familles des victimes (M. Chebeya et son chauffeur), le dossier  Chebeya  a une forte valeur « emblématique », compte tenu de la personnalité du militant congolais des droits humains (M. Chebeya dirigeait l’ONG « La voix des sans voix ») mais surtout du défi de justice que représente le procès au Congo. « Ce procès doit se poursuivre en dehors de toute pression éventuelle de la part de l’Etat, de la société civile et des parties », estime Francesca Boniotti, Directrice Générale d’Avocats Sans Frontières (ASF). Les moyens matériels et légaux disponibles doivent permettre d’établir les circonstances du décès de M. Chebeya ainsi que les éventuelles responsabilités personnelles. Enfin, la procédure doit être en mesure de garantir  les intérêts légitimes et les droits des toutes les parties sans exception, parties civiles comme accusées.

M. Chebeya avait été retrouvé mort dans sa voiture le 2 juin 2010 à Kinshasa. Le corps de son chauffeur, Fidèle Bazana, n’a toujours pas été retrouvé.  Lors du premier jugement rendu en juin 2011 par la juridiction militaire en charge de l’affaire, ASF avait regretté le prononcé de peines de mort à l’encontre de certains des accusés.

Suite à ce premier jugement, le procès est maintenant en phase d’appel et toute l’instruction sera refaite. ASF est directement engagée dans la procédure puisque l’organisation défend les intérêts de certaines parties civiles (dont les frères du dirigeant de l’ONG). Au regard de cette responsabilité, ASF ne peut s’exprimer sur le fond de l’affaire. Toutefois, « même si nous sommes engagés depuis dix ans dans la lutte contre l’impunité en RD Congo, la recherche de la vérité nous importe plus qu’une justice à tout prix », rappelle Francesca Boniotti.

Pour le réalisateur Thierry Michel (« Congo River », « Katanga Business »,…), son film sur l’affaire Chebeya constituera « un travail de fond d’éducation et de sensibilisation à ces problèmes de justice, de résolution de conflits et (…) de paix civile entre les acteurs politiques et les différentes couches des populations congolaise et africaines ».

Avocats Sans Frontières participe à plusieurs soirées débats organisés par des Barreaux suite à la sortie du film à Bruxelles et dans diverses villes wallonnes.

Pour plus d’informations sur le film

Pour plus d’information sur ASF en RD Congo

Tous les moyens sont bons pour informer la population de ses droits

Mahendra Nagar, 6 février 2012 – Ce matin, l’extrême Ouest du Népal connaît un froid glacial. Gopi Parajuli (ASF) et Anita Neupane (Legal Aid and Consultancy Centre) se frayent un chemin indécis sur le parking des bus. Comme souvent au Népal, un passant leur vient spontanément en aide : « Vous cherchez le bus des avocats ?  Le voici ! » Et de désigner un petit véhicule arborant un message peint sur la carrosserie. C’est un micro-bus, de ceux qu’empruntent quotidiennement par des milliers de citoyens pour se rendre au travail. Le message peint sur le flanc énonce : « Vos moyens financiers ne vous permettent pas d’accéder à la justice ? Contactez le Barreau du district de Kanchanpur ».

Kanchanpur est une région retirée avec un taux élevé de pauvreté, surtout parmi les femmes. Une frange significative de la population appartient au groupe Dalit, l’échelon le plus bas de la hiérarchie sociale. Les violations des droits de l’homme y sont fréquentes ; la violence domestique, la discrimination et les abus perpétrés par les autorités locales répandus.

ASF aide les barreaux de Kanchanpur et de 4 autres régions à mettre en place un système d’aide juridique gratuite pour la population. Les avocats locaux sont très engagés dans l’amélioration de l’accès à la justice mais, d’après les informations récoltées récemment par ASF, les personnes concernées ignorent souvent l’existence de pareils services gratuits : il faut donc en priorité les en informer.

« C’est pourquoi », explique Julie Fournier, Chef de mission d’ASF au Népal, « nous utilisons depuis décembre 2011 de nouvelles méthodes pour informer la population sur ses droits et la manière dont elle peut aller en justice : programmes radio, annonces peintes sur les micro-bus, ou encore messages diffusés lors des marchés hebdomadaires par des micros installés sur des rickshaws ».

Gopi et Anita se réjouissent : le nouveau bus peint aux couleurs de la justice fait son effet et semble déjà familier aux navetteurs. L’équipe peut dès à présent réfléchir à de nouvelles idées originales pour communiquer le message d’ASF et de ses partenaires.

A villager reading the message “Are you legally vulnerable because of your economic situation? Please contact the Kanchanpur District Bar Association” © ASF - J. Fournier
Un villageois lisant l’inscription « Vos moyens financiers ne vous permettent pas d’accéder à la justice? Contactez le Barreau du district de Kanchanpur ». © ASF – J. Fournier

Plus d’informations sur la mission d’ASF au Népal

La lutte contre l’impunité au Guatemala se poursuit

Guatemala Ciudad / Bruxelles – Dans le cadre de la lutte contre l’impunité des crimes internationaux, Avocats Sans Frontières se réjouit des poursuites pour crime de génocide lancées contre l’ancien dirigeant José Efraín Ríos Montt, au pouvoir au Guatemala en 1982-1983. Soupçonné d’avoir ordonné de nombreux massacres, José Ríos Montt a été appelé à comparaître le 26 janvier dernier devant un tribunal national.

Après avoir partagé le pouvoir avec la Junte militaire, Ríos Montt força les deux autres dirigeants (militaires) à la démission en juin 1982. De fait, il devint Président de facto, Ministre de la Défense et responsable des forces armées. Son régime s’est caractérisé par de nombreuses violations des droits humains, des massacres, et le déplacement forcés des centaines de milliers de personnes, essentiellement d’origine indigène.

L’appel à comparution de M. Ríos Montt est la première étape formelle de ce qui pourrait bien devenir un nouveau procès historique au Guatemala, portant sur des accusations de génocide et de crimes contre l’humanité.

Le Guatemala a par ailleurs confirmé sa volonté de poursuivre la lutte contre l’impunité des crimes internationaux par la voix de son Président, Otto Pérez Molina. Suite à un vote favorable au Parlement, M. Pérez Molina a annoncé l’intention de son gouvernement à ratifier le Statut de Rome. Ce Traité est l’acte fondateur de la Cour Pénale Internationale, l’unique tribunal indépendant permanent devant laquelle sont jugées les personnes accusées de crimes de génocide, de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre.

José Ríos Montt wih his defense attorneys © ASF-Canada Greg Krupa
José Ríos Montt wih his defense attorneys © ASF-Canada Greg Krupa

Avocats Sans Frontières – Canada assiste aux audiences du procès Ríos Montt. En partenariat avec Avocats Sans Frontières à Bruxelles, l’équipe développe des activités de « monitoring » dans le cadre des programmes de lutte contre l’impunité et de justice internationale au Guatemala et en Colombie. 

Suivez le procès Montt via le blog d’ASF-Canada

ASF reçoit le soutien des avocats anversois

Anvers/Bruxelles – Le Bâtonnier Dirk Grootjans a récemment remis un chèque de 20.000 euros à la Présidente d’Avocats Sans Frontières, Hafida Talhaoui. Ce don illustre concrètement le soutien précieux des avocats anversois à l’action d’ASF depuis bientôt dix ans.

A l’occasion de la remise du chèque, le 13 décembre dernier, Monsieur Dirk Grootjans, qui est à la tête du Barreau d’Anvers, a renouvelé son soutien à Avocats Sans Frontières (ASF). « Rien n’est plus poignant qu’une situation où un citoyen ne peut faire valoir ses droits. Cela crée un terrible sentiment d’injustice », a-t-il déclaré. « C’est pourquoi nous sommes convaincus de la pertinence des initiatives privées qui promeuvent l’accès à la justice pour tous. Le barreau est évidemment bien placé pour soutenir les projets qui vont dans ce sens ».

« A travers ce don, les avocats anversois expriment leur solidarité avec leurs confrères dans les pays d’intervention d’ASF », a dit Maître Talhaoui, en guise de remerciement. « Ce soutien permettra de développer différents projets de renforcement des capacités des barreaux et de développement professionnel des avocats».

Ainsi, au Népal, où ASF a ouvert un bureau permanent, la profession d’avocat doit faire face à de nombreux défis. Les avocats locaux ont besoin de formation continue afin d’améliorer la qualité de leurs services au bénéfice de la population. C’est pourquoi ASF organise entre autres des sessions de coaching sur des sujets sensibles comme la défense des mineurs en conflit avec la loi ou encore la lutte contre la torture.

ASF President Hafida Talhaoui and Solicitor General Grootjans © ASF
La Présidente d’ASF Hafida Talhaoui et le Bâtonnier Grootjans © ASF

ASF bénéficie de contributions financières importantes de la part de nombreux barreaux en Belgique. Outre les dons de particuliers, ce soutien est un complément essentiel aux financements institutionnels dont bénéficient les programmes d’ASF.

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