« En République démocratique du Congo, les avocat·e·s jouent un rôle fondamental dans la promotion et la défense des droits des populations »

Congo (République démocratique du)Défenseur.e.s des droits humainsEspace Civique

En République démocratique du Congo, exercer la profession d’avocat·e ne se limite pas à plaider devant un tribunal. Dans un contexte marqué par des inégalités d’accès à la justice et des défis structurels importants, les avocat·e·s sont souvent en première ligne pour défendre les droits des populations les plus vulnérables.

Pour Dominique Kamuandu, avocat et coordinateur thématique et stratégique chez ASF depuis plus de vingt ans, l’avocat·e joue un rôle bien plus large : celui d’un acteur ou d’une actrice engagé·e, au cœur des dynamiques de changement et de démocratisation du pays.

En RDC, quelle place occupent les avocat·e·s dans la promotion de l’accès à la justice ?

Les avocat·e·s permettent de réduire la distance entre le droit et les populations. Dans un environnement où le droit reste souvent perçu comme complexe et inaccessible, leur présence est essentielle. Il·elle·s accompagnent, conseillent et défendent les justiciables, tout en rendant la justice plus compréhensible et accessible.

Il·elle·s contribuent également à rapprocher les citoyennes et les citoyens des institutions judiciaires, dans un contexte où la confiance envers la justice reste fragile.

Quelle est la relation entre les avocat·e·s et le milieu associatif en RDC ? Est-ce que la collaboration entre ces deux mondes est commune ?

Oui, très clairement. En RDC, beaucoup d’organisations de la société civile actives dans la défense des droits humains sont animées et/ou dirigées par des avocat·e·s. Beacoup d’avocat·e·s, au de là d’être des professionnel·le·s du droit, sont des acteur·rice·s engagé·e·s.

ASF a d’ailleurs beaucoup travaillé avec eux·elles pour renforcer cette dimension de leur action. Chez ASF, nous pensons que le rôle de l’avocat ne se limite pas à une prestation technique ou rémunérée : il peut aussi par ses compétences et son expertise contribuer à promouvoir l’accès à la justice, les droits fondatementaux et l’État de droit.

Les avocats ne sont pas les seuls acteurs avec lesquels ASF travaille. L’organisation collabore également avec des parajuristes, qui fournissent une assistance juridique de proximité, ainsi qu’avec des défenseur·e·s des droits humains.

Ces dernier·ère·s jouent un rôle essentiel : il·elle·s portent la voix de celles et ceux qui ne peuvent pas toujours se faire entendre. Souvent ancré·e·s localement, il·elle·s disposent d’une connaissance fine des réalités et des besoins des populations. Les soutenir est une manière particulièrement efficace de renforcer la promotion et la protection des droits humains.

Leur engagement les expose toutefois à des risques. Dans ce contexte, les avocat·e·s jouent un rôle clé en assurant leur défense et en leur apportant un soutien juridique.

Concrètement, quel est l’accompagnement qu’ASF propose aux avocat·e·s en RDC et quel est leur place dans l’action de l’organisation ?

Depuis ses débuts en RDC, ASF place les avocats au cœur de son action. L’organisation travaille à renforcer leurs capacités, notamment à travers des formations et des accompagnements adaptés aux besoins, afin de garantir un accès à des services juridiques de qualité, y compris pour les personnes les plus vulnérables.

Mais au-delà des formations, c’est aussi une transformation des pratiques qui est recherchée. L’accès à la justice ne commence pas au tribunal : il débute par l’accès à l’information et à la connaissance des droits. Pour ce faire, ASF encourage les avocat·e·s à accompagner les acteur·rice·s de terrain dans les zones reculées, pour aller à la rencontre des victimes et des communautés. Ce travail loin des tribunaux contribue à décloisonner la justice des populations habitant loin des centres urbains.

Dans cette perspective, les avocats jouent un rôle essentiel pour permettre aux populations de mieux comprendre et faire valoir leurs droits. Grâce notamment aux avocats mobilisés dans ses différents programmes, ASF a permis à de nombreuses personnes d’être sensibilisées à leurs droits et aux moyens d’accéder à la justice depuis sa ses débuts en RDC en 2002.

Quels sont aujourd’hui les principaux défis auxquels les avocat·e·s sont confronté·e·s en RDC ?

Les défis sont nombreux. Le premier est lié au fonctionnement du système judiciaire lui-même. Il existe des dysfonctionnements importants, notamment des problèmes de corruption, qui peuvent fragiliser la confiance des populations, y compris envers les avocats.

Il y a également un enjeu majeur en matière de formation. Même si la situation évolue, beaucoup de jeunes avocats ne disposent pas toujours des bases nécessaires pour exercer dans de bonnes conditions. La formation continue reste donc essentielle.

À cela s’ajoutent des difficultés économiques importantes : une grande partie de la population n’a pas les moyens de rémunérer un·e avocat·e. La RDC, qui dispose pourtant des textes légaux pour agir, ne finance toujours aucun mécanisme d’aide légale dans le pays. Cela place ces professionnels dans des situations précaires et limite leur capacité à exercer correctement leur métier.

Enfin, des contraintes structurelles persistent : l’immensité du territoire, le manque de juridictions dans certaines zones et la forte concentration des avocats dans les grandes villes. Dans certaines régions, l’accès à un avocat reste extrêmement limité.