Maroc : De la défense des jeunes mobilisé·e·s à la mise en lumière des femmes défenseures des droits humains

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Cet article est issu du rapport annuel 2025 d’ASF

En 2025, les mobilisations portées par la Génération Z ont marqué plusieurs villes du Maroc. Portées par des revendications liées aux conditions socio-économiques, à l’accès aux services publics et à une participation citoyenne plus effective, ces mobilisations ont donné lieu à des interpellations et à l’ouverture de procédures judiciaires visant de jeunes manifestant·e·s.

Dans ce contexte, ASF a mobilisé son pool davocat·e·s dans le cadre de ses dispositifs d’aide légale afin d’assurer l’accompagnement juridique des jeunes arrêté·e·s. Cette intervention a permis de garantir leur accès à la défense, de suivre les procédures engagées et de documenter les conditions dans lesquelles ces poursuites ont été conduites.

Lire les trajectoires au prisme du genre

L’analyse des dossiers traités dans le cadre de cette assistance a rapidement mis en évidence des dynamiques dépassant le seul cadre des mobilisations.

En adoptant une approche intersectionnelle, ASF a constaté que les jeunes femmes engagées dans ces mobilisations étaient exposées à des formes spécifiques de pression. Au-delà des poursuites judiciaires, leurs trajectoires révèlent des mécanismes de ciblage liés à la fois à leur engagement et à leur identité de genre.

Certaines ont été interpellées en amont des rassemblements, sur la base de leur participation supposée. D’autres ont été poursuivies sur le fondement de qualifications pénales larges, appliquées à des formes de mobilisation pacifiques.

Ces situations traduisent une réalité plus large : l’engagement des jeunes femmes dans l’espace public reste encadré par des logiques qui combinent contraintes juridiques, pressions sociales et délégitimation symbolique.

Un partenariat structurant avec le Groupe des jeunes femmes pour la démocratie

Pour approfondir cette analyse, ASF a renforcé son travail de documentation en partenariat avec le Groupe des jeunes femmes pour la démocratie (JFD).

Engagé dans la promotion de la participation des jeunes femmes à la vie publique, le Groupe JFD agit concrètement pour lever les obstacles qui entravent leur engagement. Son action vise à accroître la visibilité des discriminations auxquelles elles sont confrontées, à renforcer leurs capacités d’action, à sensibiliser sur leur situation et à porter un plaidoyer en faveur de conditions leur permettant de s’engager pleinement dans la vie publique.

Le partenariat avec le Groupe JFD a permis d’ancrer l’analyse dans les réalités vécues, de consolider la documentation des violations et de rendre visibles des trajectoires militantes souvent marginalisées ou invisibilisées.

Les cas documentés montrent que les pressions exercées ne se limitent pas au champ judiciaire. Elles s’inscrivent dans un ensemble plus large de mécanismes incluant campagnes de diffamation, stigmatisation sociale et attaques visant la réputation ou la vie privée des militantes.

Des restrictions révélatrices de l’état de lespace civique

Les données issues de l’assistance juridique et du travail de documentation mettent en évidence des dynamiques qui dépassent les situations individuelles et interrogent directement les conditions d’exercice de l’espace civique au Maroc.

Lorsque des formes de participation citoyenne (mobilisation, expression en ligne ou engagement collectif) sont appréhendées à travers le prisme pénal, la frontière entre expression légitime et infraction tend à se brouiller. Le droit pénal cesse alors d’être uniquement un instrument de régulation des comportements pour devenir, de facto, un outil de régulation de la parole publique.

Cette évolution installe une incertitude juridique durable, qui ne produit pas seulement des sanctions individuelles mais participe à un effet plus diffus de dissuasion. Elle contribue à redéfinir les limites du dicible et du contestable, en particulier pour les acteurs et actrices les plus exposé·e·s.

Pour les femmes défenseures des droits humains, ces restrictions prennent une dimension spécifique. Les mécanismes observés ne se limitent pas à des poursuites judiciaires. Ils s’accompagnent de stratégies de délégitimation qui ciblent leur identité, leur moralité ou leur comportement, déplaçant le débat du terrain politique vers le registre social.

Ce déplacement n’est pas anodin. Il permet de disqualifier l’engagement en le présentant comme une transgression des normes sociales plutôt que comme une contribution légitime au débat démocratique. Il constitue ainsi une forme de régulation informelle mais particulièrement efficace de la participation des femmes à l’espace public.

Ces dynamiques produisent des effets qui dépassent largement les trajectoires individuelles. Elles influencent les conditions dans lesquelles les femmes peuvent, ou non, s’engager, s’exprimer et porter des revendications collectives.

En ce sens, la situation des femmes défenseures des droits humains ne constitue pas un enjeu sectoriel. Elle agit comme un révélateur structurel de l’état de l’espace civique : lorsque certaines voix sont dissuadées, délégitimées ou exposées à des formes de pression différenciées, c’est la capacité même du débat démocratique à intégrer la pluralité des expériences sociales qui se trouve fragilisée.

Agir pour protéger et visibiliser

L’expérience des mobilisations de 2025 a confirmé la nécessité d’articuler assistance juridique, documentation et plaidoyer.

À travers ses dispositifs d’aide légale, ASF agit pour garantir l’accès à la justice des personnes poursuivies en lien avec leur engagement. À travers ses partenariats, notamment avec le Groupe JFD, l’organisation contribue à rendre visibles des réalités souvent invisibilisées et à structurer une lecture des dynamiques qui affectent l’espace civique.

En accordant une attention particulière aux trajectoires des femmes engagées, ASF réaffirme son engagement en faveur de la promotion des droits humains et de la protection d’un espace civique ouvert, dans lequel les voix les plus exposées peuvent continuer à s’exprimer.